Maison de Rimbaud à Roche, rachetée en 2018 par Patti Smith. (Photos JP Houncheringer)

Ouest France : Tibhirine

Article paru dans Ouest France édition nationale 26/27 octobre 2009 - Rédigé par Pierre Tanguy

Tibhirine : la bavure algérienne reste à confirmer

Le secret-défense sur les circonstances du  massacre des moines français en Algérie pourrait être levé d'ici à deux mois.

Tombes

Des rapports établis par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) sur le cas des sept religieux de Tibhirine, assassinés en Algérie en 1996, ont été transmis, la semaine dernière, à la commission consultative du secret de la Défense nationale. Celle-ci, révèle Le Figaro, se prononcera rapidement sur leur éventuelle déclassifation et la possibilité de les transmettre au juge antiterroriste Marc Trevidic.

Il s'agit, aujourd'hui, de savoir si la thèse d'une bavure de l'armée algérienne peut être accréditée. Une thèse avancée par le général Buchwalter, ancien attaché de défense à l'ambassade de France à Alger.

Des hélicoptères de l'armée algérienne auraient tiré sur le bivouac dans lequel les moines se trouvaient otages des islamistes. Le feu nourri aurait atteint, par inadvertance, les sept religieux. Pour masquer la bavure, leurs corps auraient ensuite été décapités.

Interrogé par Ouest-France, l'écrivain-enquêteur René Guitton (Le martyre des moines de Tibhirine, éditions Pocket) émet quelques doutes sur cette hypothèse. "J'ai vu les têtes des moines, raconte-t-il. Si des hélicoptères avaient mitraillé le bivouac des islamistes, je ne peux pas imaginer qu'aucune tête n'ait été atteinte ou déchiquetée par les balles. Or, elles étaient intactes."

René Guitton relève une autre anomalie : "Il y a le fait que jamais un hélicoptère ne se pose pour faire le bilan d'une attaque. C'est trop dangereux. On envoie les troupes après."

Selon lui, le rapport de la DGSE pourrait néanmoins confirmer les affirmations du général Buchwalter. "Mais c'est surtout Chirac qui pourrait dire des choses", confie René Guitton. L'écrivain entend poursuivre l'enquête, aussi bien en France qu'en Algérie, et apporter bientôt "de nouveaux éléments probants".

Pierre TANGUY.