Chrétiens persécutés : indifférence ?

La Libre Belgique

Par Gérald Papy Le 20 mars 2009

L’écrivain René Guitton observe un embarras occidental à défendre les minorités chrétiennes. Or la situation empire dans de nombreux pays.

Est-il politiquement incorrect de défendre les minorités chrétiennes dans le monde ? Ce sentiment diffus a été un des ressorts de la démarche de René Guitton, membre du réseau des experts de l’Alliance des civilisations des Nations unies, qui a voulu levé le voile sur cette réalité, qu’il jugeait trop méconnue, dans l’ouvrage "Ces chrétiens qu’on assassine" (1).

"La défense des droits de l’homme est née de la lutte pour la protection des minorités religieuses ou ethniques, jadis persécutées. Les juifs, les Noirs ou les musulmans en Europe et en Amérique, entrent dans ce schéma", explique le militant pour le dialogue des cultures. "L’Occident, de plus en plus déchristianisé, peine à imaginer que les chrétiens puissent être persécutés parce que chrétiens. Car être chrétien, selon un raccourci fréquent, c’est être du côté du pouvoir". En cause, selon René Guitton, "la formidable méconnaissance que les opinions publiques occidentales ont de la situation des chrétiens dans le monde", dans des régions comme le Maghreb, l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient, et "la marginalisation progressive (de ces) minorités chrétiennes dont le poids démographique et politique ne cesse de faiblir". Or, c’est une évidence, la protection des minorités chrétiennes relève de la défense des droits de l’homme. Le livre de René Guitton, un autre ouvrage, "La persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde" (2), dû à Raphaël Delpard, et un colloque organisé par le CDH ce vendredi à la Maison des Parlementaires à Bruxelles(3) viennent opportunément rappeler l’acuité d’une situation qui, à l’aune de la montée des fondamentalismes islamique et hindouiste, est loin de s’améliorer.

Lutte contre le prosélytisme
Dans son livre, René Guitton relève quelques tendances significatives. Ainsi, au Maghreb, les accusations de prosélytisme dont sont de plus en plus victimes les chrétiens, singulièrement en Algérie, sont alimentées par des perceptions erronées par les populations locales de l’arrivée de nombreux migrants d’Afrique subsaharienne et de l’installation de retraités européens, mais aussi par la diffusion de messages religieux par de nouveaux canaux, comme l’Internet, un domaine dans lequel les protestants évangéliques, rompus aux méthodes américaines, sont très actifs.

 En Algérie de surcroît, la politique de "concorde civile", qui a promu la réintégration des jihadistes armés dans la vie civile moyennant l’abandon de la lutte armée, s’est accompagnée d’une radicalisation à l’encontre des minorités religieuses, gage donné aux islamistes au nom de la pacification.

 Autre tendance, les préférences politiques des chrétiens d’Orient se portent souvent vers des régimes autoritaires, pour autant qu’ils garantissent la liberté de culte et de l’enseignement. Cela explique la bienveillance des chrétiens à l’égard du régime syrien comme jadis, celle envers l’Irak de Saddam Hussein, deux Etats, qui plus est, officiellement laïcs. Dans ce dernier pays, il est vrai que depuis 2004, les violences antichrétiennes visant spécifiquement les chrétiens en tant que groupe sont innombrables.

 Des pays où la Constitution, tout en reconnaissant que l’islam est religion d’Etat, protège les autres minorités religieuses, comme l’Iran, voient parfois la pratique s’éloigner très fortement du principe de la loi, relève René Guitton; ce qui fait que les chrétiens y sont tout de même discriminés et obligés d’adopter des profils de citoyens soumis.

 Ainsi, en Israël, les chrétiens israéliens, notamment issus de la communauté russophone, sont considérés, au même titre que les Arabes israéliens, comme des "citoyens de seconde zone". Au sein de l’Autorité palestinienne, l’exode des Palestiniens chrétiens a crû à la mesure de la montée de l’islamisme et de l’évolution d’une société "moins tolérante et moins ouverte à l’idée de la coexistence, en son sein, de différentes religions". La montée de l’islamisme, au Moyen-Orient, reste bien sûr la plus sérieuse menace contre les minorités religieuses. Mais René Guitton observe des signes d’apaisement et d’ouverture dans les pays du Golfe.

 (1) Ed. Flammarion, Paris 2009, 334 pp. env. 21 €. (2) Ed. Michel Lafon, Paris 2009, 348 pp. env 20 €. (3) Maison des parlementaires, salle des Congrès, rue de Louvain, 21, Bruxelles, de 9 h 30 à 13 h.

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